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Jérôme Salle: "Pour décoder Cousteau, il y a une clé : la curiosité"

 

Jérôme Salle ("Largo Winch", "Zulu") est le réalisateur de "Jacques" ("L´Odyssée"), biopic sur Jacques-Yves Cousteau, un très beau film, où on découvre la face cachée du grand héros des fonds marins. Le film, qui vient de sortir en Espagne, a été présenté par Jérôme Salle à L´Institut Français de Madrid. Il a parlé pour cinecritic.biz sur Cousteau, sur son film et sur sa carrière.

 

 

D´habitude vous tournez des films plus internationaux et de très grande production. Avec " L´Odyssée " vous avez fait un film français avec un personnage clé de la culture de l´Hexagone. Avez-vous trouvé beaucoup de différences entre les deux types de tournages ?
La vraie différence par rapport avec ce que j´avais fait avant, c´est que ce n´est pas un thriller et il n´y a pas de revolver. C´est vraie que les codes sont différents. Moi, c´était mon envie depuis longtemps. Est-ce que c´est plus difficile ? " L´Odyssée " est un film très compliqué parce que c´est un défi technique et un risque financier majeur du fait de tourner sous l´eau. C´est aussi un film d´époque avec des prothèses…Du coup, il y avait un vrai défi. C´était une assez longue bataille.

 

Que signifie Jacques-Yves Cousteau dans la culture française ? Et, que représente-t-il pour vous ?
J´ai démarré l´histoire quand j´ai parlé à mon fils de Cousteau et je me suis aperçu qu´il ne connaissait pas qui était Cousteau! Aujourd´hui, il y a toute une jeune génération qui ne sait pas qui est Cousteau. En lui expliquant qui était Cousteau et en lui racontant me souvenirs d´enfance de qui était Cousteau que je me suis intéressé à nouveau à cette histoire. Du coup, moi, comme les gens de ma génération, ça m´a marqué. Et, en plus, j´ai été élevé dans le Sud de la France. J´ai fait du bateau pendant mon enfance. Ces souvenirs étaient très forts pour moi. Maintenant, comme tout le monde, j´avais un souvenir qui était très iconique. Je ne savais sur Cousteau que ce qu´il avait voulu me dire. Par rapport à l´étranger, c´est intéressant parce qu´en France, Cousteau a une image contrastée. Sans doute, parce que ce culte du secret (si j´étais méchant, je dirais cette duplicité) a pu choquer certaines personnes. Sa mémoire n´a pas été entretenue de la manière la plus efficace par la Fondation Cousteau. Quand le film est sorti en France, il y avait des gens qui disaient que c´était un portrait à charge, très dur et d´autres disaient que Cousteau était bien pire et que j´avais fait un portrait angélique et naïf de lui. Donc, il y a quelque chose de très passionnel dans le regard des français sur Cousteau. Le regard est plus bienveillant et neutre à l´étranger. Il n´y a pas de dimension polémique à l´étranger.

 

Je suppose, alors, que beaucoup de français ont découvert grâce au film la vraie personnalité de Jacques Cousteau?
Bien sûr. Oui, sa dureté et tous les paradoxes du personnage. Mais, en même temps, c´est ce que je trouve intéressant. Je n´ai pas voulu en faire un portrait à charge mais je n´ai pas voulu non plus masquer qui il était. Je trouve que cet homme est intéressant et passionnant. De toute façon, tout est subjectif. C´est ma vision du personnage et oui, ça a beaucoup surpris les gens.

 

Le film a-t-il changé votre vision initiale sur Cousteau ?
Oui mais je suis passé par différentes phases. C´est un projet que j´ai développé pendant pas mal d´années. Des fois, le personnage m´a agacé et je me suis dit que je n´avais plus l´envie de le raconter parce qu´il y a des choses qui sont très dures chez ce personnage. Mais, pour moi, pour décoder Cousteau, il y a une clé qui explique tout. Il y a un mot : la curiosité. C´est le moteur de sa vie. Ça a des vraies vertus parce que c´est cette curiosité qui l´a poussé à découvrir ce monde sous-marin, à mettre au point des techniques pour pouvoir l´explorer. Mais, c´est aussi la curiosité qui faisait qu´il ne pouvait pas s´empêcher de séduire des femmes, de les conquérir…Pour moi, Cousteau c´est un enfant curieux, avec ce que peut avoir de frais, d´original parce qu´il pense comme un enfant, ce qui lui permet d´être très créatif et, en même temps, comme un enfant, seul importe sa curiosité et peu importe le mal qu´il peut faire autour de lui. Donc, il a un égoïsme extrêmement fort.

 

Avez-vous eu des difficultés, en faisant ce film, au niveau technique et avec la famille Cousteau?
Le tournage a été un défi technique. Et, en plus, je voulais être à la hauteur des films Cousteau qui avaient marqué mon enfance. Il fallait que le spectacle ait au rendez-vous. On a fait beaucoup d´essais, on a tous plongé (avec les requins) on est allé en Antarctique où on a été le premier film de fiction tourné là-bas…Après, sur la famille Cousteau, je dirais c´est compliqué. Au fait, il n´y a pas une famille Cousteau mais des familles Cousteau. Cousteau n´était pas toujours un formidable père de famille et ses défauts et les erreurs qu´il a commises, ses enfants et ses petits-enfants le payent encore aujourd´hui. Entre toutes ces familles, il n´y a pas toujours de bons rapports. Moi, j´ai rencontré tout le monde. La seconde femme de Cousteau est celle qui gère la Fondation Cousteau. Elle n´a pas eu envie de soutenir le film. Je n´ai pas insisté car je voulais garder ma liberté. J´ai fait la même chose avec tous les membres de la famille que j´ai rencontré. Je pense que si j´avais passé un accord avec la Fondation, j´aurais perdu cette liberté. Avec cette partie-là de la famille, les rapports ont été limités. Le reste de la famille, par exemple Jean-Michel (son fils), ils ont tous aimé le film. J´ai établi un lien d´amitié avec eux.

 

Comment s´est déroulé le travail avec Lambert Wilson ?
Une horreur ! (rires). Toujours en retard, il ne connaît pas son texte… (rires). Non, Lambert, c´est un plaisir. L´élégance résume ce qui est Lambert. Il a une grande élégance morale et physique. Il est très généreux et dans le travail, c´est un très bon camarade. C´est un acteur dont tous les réalisateurs rêvent.

 

Vous êtes scénariste (vous avez beaucoup travaillé avec Julien Rappeneau) et réalisateur. Ces deux activités sont-elles indissociables?
Oh ! Julien Rappeneau est mon meilleur ami. Je l´adore. Alors, au départ, ce qui me motive dans mon métier, c´est de raconter des histoires. J´ai un parcours un peu atypique : j´ai été photographe, directeur artistique. Je viens de l´image et après, je me suis mis dans le cinéma par le scénario. Aujourd´hui, j´adorerais réaliser une histoire que je n´aurais pas écrite mais c´est difficile à trouver. Je me considère comme un scénariste correct, sans plus. Mais, je me retrouve à écrire des scénarios parce que je n´ai pas de scénarios et ça va plus vite si je m´en occupe moi-même. Mais, actuellement, je suis en peu fatigué de mes défauts et de mes limites et c´est intéressant de s´ouvrir à d´autres univers. Du coup, oui, je pense que c´est dissociable. J´aime la dimension du travail collectif.

 

Que diriez-vous au public pour qu´il aille voir votre film ?
J´ai toujours du mal à répondre à cette question (rires). J´ai essayé de faire un film sur un voyage, un film sur un homme qui a fait de sa vie une aventure. Une aventure à travers le monde qui peut vous faire aimer cet univers. Chaque fois que je vois le film, j´ai envie d´aller plonger. C´est un voyage avec quelque chose qui nous touche tous. Ça parle d´une famille disfonctionnelle et au fond, toutes les familles le sont, plus ou moins. C´est quelque chose qui nous touche tous. Voilà, c´est ça ce que je dirais.

 

Carmen Pineda

Jérôme Salle

Jérôme Salle

 

 

 

 

 

 

 

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