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La Maison Nucingen


France, Chili, 2008
Réalisation et Scénario: Raoul Ruiz
Acteurs: Elsa Zylberstein, Jean-Marc Barr, Laurent Malet, Laure de Clermont.
Durée: 90 minutes
Sortie en salle: 3 juin 2009

Note Cinecritic
Muy buena

"Le fantastique donne accès aux fantômes et à l'inconscient. Cela permet de comprendre les personnages, leurs failles et leurs désirs cachés, de voir leurs âmes d'enfant et leur nature profonde" -  (Elsa Zylberstein) la protagoniste de La Maison Nucingen
 
L'histoire de La maison Nucingen, du réalisateur chilien Raoul Ruiz, se déroule dans les années' 20 dans les alentours de Santiago. William James III, un riche écrivain américain vient de gagner au poker une propriété où il emmène son épouse, Anne-Marie, afin qu´elle puisse s´y reposer. Ils y sont reçus par des étranges personnages qui cohabitent avec des  êtres fantasmagoriques. 
La maison Nucingen est le premier long-métrage que Raoul Ruiz réalise au Chili après son long exile en France. Il choisit pour cela des acteurs français et un groupe de techniciens composé de français et de chiliens. La plupart des dialogues ont été écrits en français,- bien que dans quelques scènes s'ajoutent l'Allemand, l'Espagnol et l'Anglais -. Cet environnement au milieu de la Cordillère des Andes représente pour lui une forme de retour à ses origines à travers des légendes populaires qu'il a apprises pendant son enfance: "Je voulais revenir à mes origines, tourner des films sur ma propre culture, ses ambiguïtés, ses complexités, sa popularité, ses religions perdues, beaucoup de choses se confrontent  dans l'histoire du Chili", souligne le réalisateur expliquant ainsi comment a surgi l'idée de son œuvre. 
Cette maison hantée, à laquelle fait allusion le titre, de style éclectique fut construite au XVIII siècle au milieu de la chaine montagneuse chilienne. Selon cette fantaisie cinématographique, la demeure est habitée par des autrichiens, des français et des américains, et y est permis uniquement l'utilisation du Français comme langue. D´une certaine manière il constitue une métaphore du Chili en tant que pays, avec une société élitiste dans laquelle une classe aristocratique étrangère ne peut pas, ou ne veut pas, se mélanger avec un environnement culturel et linguistique local, qu'elle considère inférieure, s'isolant dans son propre monde nostalgique du passé, habité par des fantômes.
Le réalisateur base son œuvre sur différentes sources d'inspiration littéraire. La principale est le roman homonyme de Honoré de Balzac, où l'écrivain français décrit la décadence de la grande bourgeoisie et de la noblesse française, utilisant une fable médiévale du XI siècle racontant la légende d´un chevalier qui ne réussit pas à accepter la mort de son épouse, tombe au milieu du bois sur un groupe de fées blanches entre lesquelles il reconnaît sa femme, sans savoir avec certitude s'il s´agit de celle ci qui est revenu de la mort ou d'une sosie. Les sources desquelles il ´abreuve sont si variées, que le film accepte différents niveaux de lecture: "une lecture rationnelle, une lecture poétique, une lecture plus magique, irréelle" (Raoul Ruiz). Selon la protagoniste Elsa Zylberstein, le film est "une métaphore du déracinement", étant le personnage qu'elle interprète et celui du fantôme de Léonore, deux aspects d'une même personnalité: celui qu'il s'exhibe socialement et son côté obscur et caché. Pour Sylberstein ce dédoublement est l'expression même de la schizophrénie dont souffrent, dans des formes et mesures différentes, tous ceux qui partent à l'exile et ne réussissent pas à trouver un lieu ni une identité propre. 
Le genre fantastique des maisons hantées peuplées de fantômes et de vampires lie le récit avec la légende et permet le développement du style surréel, dans lequel on ne poursuit désormais plus la linéarité temporelle ou la rationalité des formes narratives, mais on tend à représenter une succession d'images et d´idées à première vue sans relations qui surgissent de l'inconscient, comme dans le langage onirique. "Nous étions tous transportés dans une dimension surréelle (…) en symbiose avec ce lieu magique, surprenant puisque si insolite au milieu de la Cordillère des Andes", se rappelle Laure de Clermont, actrice faisant partie du casting, des moments qu'elle a partagés avec ses collègues pendant le tournage.
Sigmund Freud dans "L'interprétation des rêves" (1900) explique que dans les rêves  existent des mécanismes qui permettent au rêveur de déguiser des idées latentes- censurées par la conscience parce qu´elles contiennent des sens inacceptables selon  les conventions sociales- derrière un autre contenu manifeste apparemment incohérent et sans relation. Parmi ces mécanismes se trouvent le déplacement et la symbolisation. Dans La maison Nucingen, comme exemple de déplacement, nous voyons que le fantôme de Léonore n'apparaît pas dans son aspect humain avant le climax du récit, mais par contre est remplacée par le galop frénétique d'un cheval blanc qui apparaît de façon récurrente sous forme d'insert. En ce qui concerne la symbolisation, la maison même constitue une image visuelle qui condense des significations multiples: celle d'un personnage central avec une âme propre et des multiples personnalités, celle d'un groupe social attrapé dans son propre idiolecte, celle de la maison hantée où des êtres en chair et en os cohabitent avec des personnages fantastiques, celle de l'apparat psychique de ces mêmes personnages.
Pour sa part Carl Gustav Jung considérait que dans les rêves s'exprime ce qu'il dénommait "l´inconscient collectif", formé par des images symboliques qui ne sont pas seulement produites par un individu mais qui sont partagées par toute l'espèce humaine, étant la légende et la mythologie l'expression non écrite de ces archétypes ancestraux.
Les fantômes et la femme-vampire font partie dans le film de ces légendes et, par conséquent, de l'inconscient collectif. C'est évident, alors, que le monde des rêves est primordial dans le style de Raoul Ruiz et la forme de le façonner le rapproche au surréalisme tant du point de vu pictural que cinématographique.
Dans ce sens la suspension du temps, " les horloges se sont arrêtées suite à la mort de Léonore ", le sang qui jaillit sur le front de Anne-Marie sans raison évidente, la métamorphose des humains en animaux ou en vampires (je vous rappelle l´exemple déjà cité de l´association entre Léonore et le cheval blanc apparaissant sous forme d´inserts, ou la transformation de son fantôme dans le vampire qui attaque Lotte), la relation entre l´idée de mort et de folie (on n´arrive pas à savoir avec certitude si Léonore était morte ou si elle reste enfermée dans la maison parce qu´elle souffre d´une maladie mentale), la nécrophilie (William James tombe amoureux d´une femme morte), la décomposition de la matière vivante avec l´idée de répugnance que celle-ci implique (souvenez vous de la scène dans laquelle un cerveau humain est manipulé et la sensation de répugnance des convives en ingérant un morceau de pied de porc), sont tous des thèmes caractérisant des artistes surréalistes comme Salvador Dali, René Magritte ou André Masson et des réalisateurs comme Luis Buñuel.      
Les couleurs et la musique jouent aussi un rôle dans ce langage onirique-cinématographique. Dans les moments de transition entre la conscience et l'inconscient, dans la préface et l'épilogue, on utilise le format blanc et noir, tandis que les séquences de submersion totale dans le rêve se développent en couleur.
Pour la musique, Raoul Ruiz a choisi le prélude pour piano de Claude Debussy La Cathédrale Engloutie inspiré d'une vieille légende bretonne de la ville d´Ys qui resta  submergée sous les eaux de la mer et qui resurgit pendant la marée basse. Cette submersion et renaissance périodique sont aussi interprétées comme une allusion aux expériences, sensations et pensées submergées dans l'inconscient qui resurgissent périodiquement sous forme de souvenirs depuis les profondeurs de l'inconscient. 
 
Adriana Schmorak Leijnse

La Mansión Nucingen

Rene Magrite, La mémoire, 1948

R. Magrite, La mémoire, 1948

La Mansión Nucingen

Salvador Dali, Mujer invisible durmiendo - caballo león, 1930

S. Dali, Mujer invisible, Caballo, Léon, 1930


La Mansión Nucingen

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