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Antichrist


Allemagne, Danemark, France, 2009
Réalisation: Lars von Trier
Scénario: Lars von Trier et Anders Thomas Jensen
Acteurs: Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg
Durée: 104 minutes
Sortie en salle: 3 juin 2009

Note Cinecritic
Excelente

Antichrist est celui qui se rapproche le plus d´un cri. Il est arrivé à un moment de ma vie où  je me sentais vraiment mal. On trouve l'inspiration en ses propres peurs, ses propres émotions. " (Lars Von Trier)
 
"Je dois dire que l'action externe, les intrigues et la connexion parmi les événements ne m'intéressent pas du tout (...) Ce qui réellement me préoccupe est le monde intérieur des personnes (...) Ce qui m'intéresse c´est l'homme, dans qui s'enferme tout l'univers." (Andrei Tarkovski) [1]
 
Antichrist du réalisateur danois Lars von Trier est, sans aucun doute, le moment fort des sorties en salles de juin. Ses œuvres polémiques et les genres dans lesquels il fait des incursions (celui de l´horreur, dans ce cas) sont seulement une excuse pour développer sa thèse philosophique sur la condition humaine. Pour ceci il abreuve dans des sources comme l'œuvre du dramaturge suédois August Strindberg  et celle de deux réalisateurs qui font déjà partie de l'histoire du cinéma, par leur qualité et profondeur de regard, tels que le suédois Ingmar Bergman et le russe Andrei Tarkovski.
Un couple, sans nom de famille ni prénoms, le couple générique homme-femme, aussi universel et archétypique que Adam et Ève, doivent traverser la douleur causé par la mort de leur petit fils et ils se retirent à Éden, un chalet isolé au milieu du bois où ils essaient de sauver un mariage sur le point de la rupture.
Structuré comme un roman avec une préface, quatre chapitres et un épilogue, le film débute avec une longue séquence en blanc et noir, pour laquelle le réalisateur a utilisé le ralenti avec le but de lui octroyer une plus grande plasticité. Le temps s´écoule plus lentement que dans un fil du temps naturel, comme si tout arrivait dans un univers parallèle ou dans un rêve. C'est le temps qui s'écoule dans la psyché des personnages nous invitant à un parcours par leur monde intérieur.
Les premiers trois chapitres correspondent aux trois formes mythologiques imaginées par le réalisateur, les trois mendiantes, qui à leur tour sont porteuses des trois états d´esprit  successifs dans un procès de deuil: tristesse, douleur et désespoir,  et de l'apparition des trois animaux dans le film: le cerf - associé à l'Arbre de la Vie par la ressemblance de ses bois avec les branches aborales,  le renard- symbole du diable, l'astuce et la tromperie, et le corbeau -considéré au Moyen âge comme le symbole de mortalité et de prophétie funeste. Le TROIS se répète de façon récurrente puisque c'est le chiffre qui est présent dans tous les aspects de la création, par ce qu´il est considéré sacré dans beaucoup de religions, inclus la chrétienne (La Trinité, les Trois Rois Mages, etc.). Dans la mythologie grecque il y avait trois Parques qui contrôlaient la destinée de chaque être humain filant et coupant le fil de la vie depuis la naissance jusqu'à la mort. 
Le quatrième chapitre correspond aux trois mendiantes dans leur ensemble et au traitement du sujet du gynocide, défini comme étant la destruction systématique de femmes dans une société donnée comme fut, par exemple, la condamnation au bûcher de femmes accusées de sorcellerie au Moyen âge.
Finalement l'épilogue est le dénouement et la résolution du conflit. Il est traité en blanc et noir comme la préface, mais ici l'homme reste seul et il fuit Éden, peut-être une allusion au paradis biblique et le chaos initial, presque comme un messie rédempteur qui vient de sauver le monde du Mal, avec tout le poids de la connotation chrétienne que ceci implique. De là l'apparition dans le bois d'une procession en grand nombres vers le nouveau lieu devenu sanctuaire.
Mais que doit-on comprendre ici par le Mal?  En observant attentivement la typographie de l'affiche, nous pouvons voir que le titre original "Antichristo" apparaît en typographie majuscule de couleur rouge -caractéristique pour le genre du film d´horreur- et que la syllabe final "to" est formé par le signe qui symbolise Vénus et, par conséquent, tout le genre féminin. Les trois mendiantes porteuses de tristesse, douleur et désespoir, sont des figures féminines, tandis que les trois animaux qui apparaissent à la caméra sont des femelles: la biche, qui porte dans sa matrice son petit mort, la renarde, qui se déchire le ventre tout en exclamant "le chaos nous gouverne" et le corbeau femelle, qui après avoir dévoré la tête de son oisillon termine par aussi attaquer l'homme.  De cette façon on anticipe la question de l'infanticide perpétré par la mère.
Plus loin la même protagoniste se charge de dire, comme partie de son dialogue, en plein crise de schizophrénie paranoïaque, que la nature est le royaume de Satan et que la femme est esclave de sa nature, ce qui équivaut à identifier la sexualité féminine avec le Mal dans ce monde, image par très éloignée, d´ailleurs, de l'interprétation que fait l'Église Catholique de l'antique testament, selon lequel la femme porte en elle la culpabilité du péché original consistant à inciter l'homme à manger du fruit défendu, symbolisé dans le film par la pluie de glands de chêne qui se tombent bruyamment sur le toit de la cabane. La nature se fond avec le principe féminin, et ceci s´apprécie dans la scène où Elle se camoufle, pendant une séance de méditation, avec le vert de l'herbe et, plus loin, quand les mains et les corps féminins contorsionnés se confondent avec les racines tordues des arbres.
Cette crise psychotique du personnage féminin est déjà annoncée depuis le début du film quand Elle voit dans ses rêves, en blanc et noir diffus comme celle d'une radiographie, son propre corps fragmenté à peine défini, semblable à un fantôme immatériel. Une première séquence, dans laquelle l'enfant tombe accidentellement sur le chemin couvert de neige, est réinterprétée vers la fin grâce à un changement d'angle et l'incorporation dans le montage d'un raccord de regard qui lie en deux plans successifs la mère observant son fils qui est en train de grimper sur le bureau tout près de la fenêtre, changeant ainsi radicalement un simple accident dans un infanticide.
Avant Lars Von Trier, Ingmar Bergman avait eu l'inspiration de créer un personnage féminin avec des symptômes de schizophrénie, qui voyait la nature comme quelque chose de menaçant et Dieu comme ne faisant pas partie d´elle, dans A travers le miroir (Suède, 1961).
"Dans le fond, ce que je voulais c´était évidemment, découvrir un cas d'hystérie religieuse ou, si vous voulez, une schizophrénie avec des traits religieux", écrit Bergman dans son livre "Images"[2] et Raquel Wasserman dans son livre "Filmologie de Bergman" analyse le personnage féminin de A travers le miroir de la manière suivante: "tous ceux qui le cherchent (Dieu) comme la schizophrène Karin, derrière la nature, c´est la même chose que dire en dehors de elle, vivent comme ceux qui souffrent de cette fracture mentale, dans deux mondes: l´un céleste, l´autre terrestre."[3]
Bien qu'il soit évident qu'il a pris cet aspect pathologique de la Karin bergmanienne, Lars von Trier lui octroie un sens différent, ne remettant pas en question le dogme chrétien, mais plutôt, s´appuyant sur lui.
Dans Antichrist, l'époux psychanalyste observe attentivement les reproductions des gravures médiévales que sa femme a accrochées aux murs de l'attique, avec des illustrations des pratiques d'étranglement et des bûchers de femmes accusées de sorcellerie. Bien que en première instance il réagit horrifié à ce qu'il considère un acte de barbarie, in fine il termine par exécuter exactement les mêmes pratiques avec sa femme qui se trouve déjà dans un état irréversible de sa maladie. La psychanalyse a échoué ici mais, par contre, l'Homme devient un nouveau Christ rédempteur qui sauve l'humanité du Mal. Peut-être par simple coïncidence, l'acteur Willem Dafoe, contacté spécialement par Von Trier pour ce rôle, avait déjà interprété le rôle de Jésus-Christ dans La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese (États-Unis, 1988). Cette vision du monde ayant une optique proche du dogme chrétien n'est pas plus qu'une autre variante du même sujet répété dans presque toute la filmographie du réalisateur danois. Néanmoins, ce même regard teint de misogynie est quelque chose de particulier et de nouveau dans son film Antichrist.
Dans un entretien accordé par Von Trier à Knud Romer, un acteur qui fit partie de son casting dans Les Idiots (Danemark, 1998) celui-ci se rappelle que dans sa jeunesse il était un passionné de Strindberg "surtout Strindberg en tant que personne. Il était extraordinaire. J'ai donc essayé de faire un film jetant un peu la raison par-dessus bord.
August Strindberg écrivit en 1900 sa pièce de théâtre "La Danse de Mort", dans laquelle il décrit un mariage -et le couple humain en général- devenu progressivement un enfer de haine et de jalousie autodestructrice. Ce même sujet est repris ensuite par I. Bergman dans Scènes de la Vie Conjugale (Suède, 1973) sauf que Strindberg a un regard radicalement misogyne le rapprochant plus encore du point de vue que soutient Von Trier dans Antichrist
Par ailleurs on n´arrive pas à apprécier clairement l'influence, dans la filmographie du réalisateur danois, de l'existentialisme athée, représenté par Jean-Paul Sartre et Albert Camus, comme est le cas dans les films de Bergman, mais plutôt une interprétation très propre et personnelle du dogme chrétien. De fait dans sa filmographie nous trouvons nombreux exemples de symbologie chrétienne, qui nous rappelle des réalisateurs comme le russe Andrei Tarkovski à qui, de plus, il a dédié le film qui nous occupe. 
Andrei Tarkovski, dans son essai "Le temps scellé", réfléchit sur les aspects esthétiques du cinéma et les fondements philosophiques qui soutiennent sa propre œuvre. Il s´y définit lui-même comme étant une "personne avec des convictions religieuses"[4] et il fait référence à Stalker (A.Tarkovski, Russie, 1979) film dans lequel un guide indique le chemin à un savant et un écrivain vers une zone dépeuplée. Dans cette zone existe une chambre à l'intérieur de laquelle les aspirations les plus secrètes sont réalisables. "Quand nos protagonistes arrivent finalement à leur but, après avoir vécu beaucoup d'expériences (...) ils ne se décident pas à  traverser réellement le seuil de cette chambre. Tout à coup ils sont conscients que leur état moral intérieur, au fond, est tragiquement imparfait."[5], A. Tarkosvki,
Cette même zone de Stalker se traduit dans le bois dans lequel se trouve le chalet baptisé  "Éden" du film Antichrist, où le couple Il-Elle voit, écoute et perçoit des images et des sons qui ne sont rien d´autre qu'une projection de leur propre psyché, de leur propre être "tragiquement imparfait", pour emprunter les paroles de Tarkovski. Ce bois est une zone vierge à la limite avec le réel, où tout se passe au-delà de la raison.  
Adriana Schmorak Leijnse
 
[1] Tarkovski, Andrei. Le temps scellé, éditions Rialp, Madrid, 1991, p. 228.
[2] Bergman, Ingmar. Images. Tusquets Éditores, Barcelone, 1992, p. 218.
[3] Wasserman, Raquel. Filmologie de Bergman, Editorial Fraterna, Buenos Aires,  1988, p. P. 57.
[4] Tarkovski, Andrei. Le temps scellé. Éditions Rialp, Madrid, 1991, p. 239.
[5] Op.cit. p. 220

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