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El Greco


Espagne, Grèce, 2007
Réalisation : Iannis Smaragdis
Scénario : Jackie Pavlenko, Iannis Smaragdis et Dimitris Nollas
Acteurs : Nick Ashdon, Juan Diego Botto, Laia Marull, Lakis Lazopoulos, Dimitra Matsouka.
Durée : 119 minutes
Date de sortie en France : 3 mars 2010

Note Cinecritic
Buena

Au 16ème siècle, sur l'île grecque de Crète, alors occupée par la riche et puissante République de Venise, a surgi un peintre d'icones de style post-byzantin, très vénérées dans les églises orthodoxes. Son père était commerçant et collecteur d'impôts, tout comme son frère ainé. Il s'appelait Domenikos Theotokopulos, devenu des années plus tard un artiste célèbre sous le surnom d'El Greco.
Domenikos a vécu ses 26 premières années sur son île natale jusqu'au moment de décider son déménagement à Venise, qui était alors l'un des plus importants centres commerciaux et artistiques de l'Italie et de l'Europe toute entière. Là il a connu l'œuvre de Tintoretto et Titien -devenant même un disciple de ce dernier-, dont il a adopté les styles en incorporant l'utilisation d'une polychromie riche, la perspective de la Renaissance obtenue grâce aux fonds architectoniques, une forme d'illumination multifocale -c'est à dire provenant de différents et déterminés sources lumineuses- et la précision dans le dessin.  À Venise, Domenikos Theotokopulos -El Greco- a cessé d'être un peintre d'icones rustique pour se transformer en un artiste de la Haute Renaissance.
Dans les années 1570 le miniaturiste croate Giulio Clovio a introduit Domenikos dans le cercle du cardinal Alejandro Farnesio à Rome, ce qui lui a permis de connaître l'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange, introduisant ainsi les principes du Maniérisme dans son œuvre, style qu'il a soutenu et enrichi de manière très personnelle jusqu'à la fin de ses jours. En 1576 El Greco est parti à Madrid et en Tolède, capital religieuse de l'Espagne, où il a produit presque toute son œuvre religieuse, ses portraits et son Laocoonte (1), la seule œuvre de genre mythologique qu'on lui connaît. 
À Tolède il a rencontré Doña Jerónima de las Cuevas, mère de son fils unique, Jorge Manuel.
En court, voici la biographie d'El Greco tel qu'elle est racontée par les historiens. Toutefois le cinéma a toujours créé des versions parallèles, plus ou moins fidèles, plus ou moins insensées, des épisodes historiques documentés.
En faisant une analyse comparative, il ne figure dans aucun document que El Greco a pris la décision d´aller vivre et travailler à Venise en suivant une femme, le personnage fictif Francesca de Rimi,  fille  du, personnage fictif lui aussi, Duc de Rimi, gouverneur vénitien en Crète. Par contre il existe des données sur Jerónima de las Cuevas, dont on croit qu´elle lui a servi de modèle pour La Dama del Armiño (2) et pas pour le personnage de la Vierge dans La Sagrada Familia con Santa Ana (1595), comme la version cinématographique le suggère.
D'autre part, l'influence de Tintoretto dans le développement de son style particulier a été égale importance ou plus importante que celle de Titien. El Greco a pris de Tintoretto un certain manque de naturalisme dans les formes et les couleurs, les figures disproportionnément élargies et la lumière focalisée avec beaucoup de contraste clair-obscur, en préfigurant ainsi le style baroque.  Toutefois le film met tout l'accent sur la relation du peintre crétois avec Titien, à cause du fait certain d'avoir fait partie de son atelier où il a travaillé en peignant des portraits et en participant en tant que disciple à la production d'une œuvre picturale que le Maître signait comme étant le sien. On ne mentionne non plus dans le film de Smaragdis son passage par la ville de Rome.
L'histoire commence à frôler l'absurde avec la supposée amitié, transformée ensuite en rivalité ouverte, d'El Greco avec le Cardinal Inquisiteur don Fernando Niño de Guevara.  L'humaniste espagnol et délégué de Felipe II, Benito Arias Montano, le prêtre Pedro Chacón et Luis de Castilla, fils naturel de Diego de Castilla, doyen de la Cathédrale de Tolède, qui ont introduit Domenikos dans les cercles tolédans, et pas comme conséquence d'une rencontre fortuite, ni au conseil de don Fernando Niño de Guevara, comme le film le suggère.  Ses mécènes étaient majoritairement ecclésiastiques, et puisque son séjour en Espagne a coïncidé avec une époque de réaffirmation de la foi catholique face à l'avancée du protestantisme, son œuvre a suivi les directives artistiques de la Contre-Réforme. Seule El Expolio (3), la première commande qu'il a reçu de la part de la Cathédrale de Tolède, n'a pas été en accord avec les normes approuvées par le Conseil de Trento, parce que les trois Maries représentées sur le côté gauche de la toile ne figurent pas dans les Evangiles comme étant présentes au moment de la dépouille. El Greco en outre a peint le groupe de figures sur une ligne au-dessus de la tête de Jésus-Christ, quelque chose d´inacceptable pour les normes de composition que l'Église imposait pour les figures religieuses. Tout cela a abouti dans une réduction du prix prétendu par le peintre, comme le montre bien le film, mais d'aucune manière dans un procès pour hérésie. 
A plusieurs occasions les dialogues incluent la phrase "vous êtes un homme dangereux", faisant allusion à l'opposition que la peinture de Domenikos Theotokopulos représentait hypothétiquement aux avis de l'Inquisition. Afin de soutenir cette hypothèse on décrit plusieurs de ses tableaux les plus connus.  A propos des modèles utilisés dans L'Enterrement du Comte d'Orgaz(4) on dit qu'il s'agit de gens du peuple devenus des nobles par la main de l'artiste. En ce qui concerne le Laocoon, Niño de Guevara remarque le danger d'insérer un sujet païen dans le milieu tolédan, et sur sa série d'apôtres, on dit qu'il a pris des gens du peuple comme modèle pour les élever au rang de saints. Finalement, l'image de don Fernando Niño de Guevara, qui dans le film apparaît comme une figure démoniaque surgie des flammes de l'Enfer, est le point culminant du conflit entre l'artiste et le cardinal, cause qui les emmène face à un Tribunal représenté de façon trop "moderne". Ce procès n'est pas documenté, et dépourvu de sens vu que El Greco était un homme dévot, un ami des prêtres et des nobles de l'époque.
Il n'est pas vrai que des gens du peuple ont été représentés dans l'Enterrement du Comte d'Orgaz.  Les visages appartiennent à des membres de l'aristocratie tolédane et à des personnages connus  tels que son ami Alonso de Covarrubias(5), le commanditeur de l'œuvre, don Andrés Nuñez de Madrid, et Francisco de Pisa, un savant qui a écrit sur le miracle selon lequel Saint-Sébastien et San Agustín seraient descendus du ciel pour déposer le corps du Comte d'Orgaz dans sa sépulture. Le même peintre et son fils sont aussi dépeints sur la toile. Mais il est possible qu'El Greco ait pris en tant que modèle, pour sa série d'apôtres, un groupe de d'aliénés de l'Hôpital du Nuncio(6).
Quant au Laocoon, l'historien d'art espagnol Federico Revilla pose comme hypothèse que le peintre grec a utilisé un sujet païen à but moralisant. Les serpents qui ont dévoré le prêtre troyen Laocoon et ses enfants, se transformeraient, dans ce cas, dans une allusion au serpent biblique, symbole du péché, contre lequel les hommes doivent se battre pour atteindre un état spirituel élevé. Selon Revilla, l'arrière plan avec la ville de Tolède est une représentation de la Jérusalem Céleste : "Si on attribue  à Tolède le caractère de `Jérusalem céleste' - que nous avons perçu plusieurs fois dans son iconographie personnelle-, il en résulte que le cheval conduit l'âme du défunt vers la patrie éternelle, c'est-à-dire, au salut: récompense pour  sa défense ardue contre les attaques du péché."(7)   En prenant cette exégèse comme la plus proche de l'intention de l'artiste, il conviendrait de se demander en quoi consiste alors, en accord avec la version cinématographique d'Iannis Smaragdis, le "danger" du sujet de la toile pour les règles rigides inquisitoriales de l'Espagne des 16ème et 17ème siècles.  
El Greco de Smaragdis est une adaptation libre du roman de Dimitris Siatopoulos, "El Greco. Peintre de Dieu". L'acteur britannique Nick Ashdon a le physique du rôle de l'artiste crétois, mais aussi celui de ses Christs, parce que la thèse du film est basée sur l'idée selon laquelle la création artistique est comparable à l'œuvre créative de Dieu, idée qui justifie l'inclusion des deux scènes où Niño de Guevara observe le visage illuminé de Domenikos encadré par une des anges inspirateurs. Cette auréole de sainteté que l'artiste porte, n'accompagne pas, toutefois, le cardinal inquisiteur, dont les sentences condamnatoires semblent l'éloigner de plus en plus de l'idée de Dieu et le rapprocher du Mal, du feu infernal. Cette idée n´est pas très éloigné de l'intention de, par exemple, Amadeus que Milos Forman a tourné en se basant sur l'œuvre de théâtre de Peter Shaffer, avec un résultat qualitativement bien supérieur quant au scénario, les performances et la construction du récit, avec comme exception les costumes et les décors, auxquels la production du film grec semble avoir dédié une partie importante des sept millions d'euros d'investissement.
Le méchant Cardinal Niño de Guevara de Smaragdis est alors identifié avec le Salieri de Forman et l'inspiré et divin Greco, avec Amadeus, le bien aimé de Dieu.
Les producteurs et les distributeurs du dernier film d'Iannis Smaragdis parlent de l'épopée d'un héros, champion de la liberté, d'un artiste qui a lutté avec ses pinceaux contre la barbarie et l'obscurantisme de l'Inquisition. La ville de Candía, où El Greco est né, est la Heraclión moderne d'où le réalisateur du film est originaire. De là l'idée de faire l'épopée d'un héros mythique avec lequel le réalisateur se sent identifié parce que c´est un compatriote, mais sans une véritable recherche de réalisme, d'objectivité, de documentation, de réflexion profonde et authentique sur la vie et l'œuvre d'un artiste dont l'empreinte a marqué toute une époque de la peinture espagnole et pourquoi ne pas le dire, universelle.
El Greco de Smaragdis est simplement ceci, son propre héros de carton, une histoire avec des aspects romantiques à la manière de Hollywood, qui a été plus fonctionnelle pour l'ego et la poche des producteurs du film que dans ce qu'il apporte en vérité aux connaissances du public. 

Adriana Schmorak Leijnse

1 - El Greco. Laocoonte. 1610-1614, National Gallery, Washington
2 - El Greco. La Dama del Armiño. 1577-1578, Pollock House, Glasgow
3 - El Greco. El Expolio. 1577-1579, Catedral de Santa María de Toledo.
4 - El Greco. L´enterrement du Duc d´Orgaz. 1587. Iglesia de Santo Tomé, Toledo.
5 - Alonso de Covarrubias est un architecte, urbaniste et sculpteur de Tolède, Maitre d´œuvre de la Cathédrale de Tolede, parmi d´autres édifices importants de la ville.
6 - Gregorio Marañón a présenté cette thèse dans son livre El Greco y Toledo (1956).
7 - Revilla, Federico. Boletín del Seminario de Estudios de Arte y Arqueología. Tomo 57, 1991 , Pág. 390


BIBLIOGRAPHIE

Gombrich, Ernst. L'histoire de l'art. Éditorial sud-américaine, Buenos Aires, 1999.
Revilla, Federico. Bulletin du Séminaire d'Études Art et Archéologie : BSAA, ISSN 0210-9573, Volume 57, 1991, P. 387-393
García Melero, José Enrique. Une mention historiográfica : Marañón, l'apostolat du Grec et la folie.
L'enterrement du Comte d'Orgaz. Wikipedia, l'encyclopédie libre
Le Grec. Wikipedia, l'encyclopédie libre.
El Greco

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