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Interview à Blandine Lenoir et Agnès Jaoui, réalisatrice et actrice de "Aurore" ("50 primaveras")

 

"Aurore" ("50 primaveras") est une très belle comédie de Blandine Lenoir, interprétée par Agnès Jaoui, une des actrices, réalisatrices et scénaristes les plus intéressantes de France. Pour Blandine Lenoir, c´est le deuxième long-métrage, après "Zazou". Agnès Jaoui, connue pour "On connaît la chanson", "Smoking/no smoking" ou pour son film comme réalisatrice, "Le goût des autres", crée, ici, un personnage inoubliable, plein de tendresse et d´ humanité. Il s´agit d´Aurore, une femme, qui a la cinquantaine et qui doit affronter une crise vitale et lutter contre la solitude, les changements physiques dus à la ménopause et un certain refus d´une partie de la société. Cependant, elle aura le courage de renaître et de trouver un nouveau sens à sa vie. Avec un message d´optimisme et de joie, Blandine Lenoir signe un film sensible, féminin où elle invite toutes les femmes à s´affirmer face aux aléas de l´âge. Nous avons interviewé, à l´Institut français de Madrid, les deux cinéastes.

 

 

Qu´est-ce qui vous a donné l´idée de faire ce film ?
Lenoir : C´est à cause de deux choses. L´une très personnelle. J´arrivais à 40 ans avec une grande angoisse de vieillir, que je ne partageais pas du tout avec mes amis masculins qui n´avaient aucun problème à vieillir. Ça m´a poussé à réfléchir à cette vision de la femme, de 20 à 40 ans, c´est-à-dire le temps de la fécondité. Et, au cinéma, je ne voyais pas de rôles de femmes de 50 ans auxquels je pouvais m´identifier. Quand il y avait des rôles de cet âge-là, c´étaient souvent des rôles assez dramatiques. Il n´y avait pas juste une femme comme toutes celles que je vois autour de moi, c´est-à-dire qui veut bosser, qui s´occupe de ses enfants, qui a un amoureux, qui passe son temps avec ses copines. Je me suis dit que je voulais faire un film qui n´avait pas été fait. Je suis plutôt humble mais cette ambition je l´ai eu parce que je me suis dit que ce n´était pas possible de continuer à avoir des rôles comme ça. Et, ensuite, autour de moi, il y avait beaucoup de copines de 50 ans, dont les enfants partaient, dont les ex avaient refait des enfants…Je voyais cette chose très dramatique mais, pour moi, aussi, source de comédie. Il y a des extrêmes tellement énormes qu´il y a de quoi rire. Si on peut en rire, on est un peu soulager de la réalité.

 

Pourquoi avez-vous accepté ce film?
Jaoui : Moi, j´ai accepté de faire ce film pour toutes les raisons qu´elle vient de dire. Effectivement, le film parle de toutes les choses que les femmes vivent (à moins qu´elles soient mortes avant) et dont on parle très peu, voire jamais. Et, en plus, elle en parle, non seulement avec de l´humour, du recul et en même temps, c´est très instructif. Mais, en plus, sans une plainte, sans revendications. Moi, je suis féministe et j´aime tous les féminismes, même si je ne suis pas d´accord avec tous. Mais, c´est vrai aussi que, notamment ma mère qui est très féministe aussi, quand j´ai lu les livres qu´elle lisait (Doris Lessing…), j´étais frappé par la violence que les femmes avaient contre les hommes (que je peux comprendre à une certaine époque). Moi, j´aime les hommes et j´ai envie de continuer à vivre avec, et je crois que Blandine est dans ce même rapport. Ce n´est pas du tout revanchard ou agressif. Il y a quelque chose qui ne me plaît pas non plus dans la victimisation. Ça aussi me plaisait dans le film. J´aime beaucoup la dignité de ce personnage.

 

Le film a ce message optimiste malgré tous les problèmes d´Aurore. Mais, où prend-elle le courage ?
Lenoir : Déjà, elle a une nature très positive. Mais, aussi, elle a une solidarité autour d´elle permanente. Elle n´est pas seule et elle est entourée de gens bienveillants y compris ses filles même si ce rapport fille-mère est compliqué. Il y a beaucoup d´amour et de tendresse. Elle a une amie très présente, qui est comme une alliée du quotidien, luttant contre la solitude ensemble. Mais, aussi, elle s´amusent ensemble, elle a son ex avec qui elle a de bons rapports. Elle a sa petite maison qu´elle aime beaucoup. Elle n´a pas une vie misérable. Après, c´est une histoire d´accepter que la vie est faite d´étapes très variées. Si on veut tout le temps avoir la même dynamique à 50 ans qu´à 20 ans, je pense qu´on est malheureux ! On le voit avec les gens qui traînent dans les bars à draguer, par exemple. C´est pour ça que la vie est passionnante. On n´a pas toujours les mêmes envies. A 50 ans, souvent, c´est comme une nouvelle adolescence. Quand les enfants quittent la maison, il y a une espèce de solitude qui t´éclate à la figure, d´après ce que j´ai vue autour de moi avec mes copines, puis, ensuite, cette solitude devient plutôt une liberté et du temps fou pour faire pleine de choses qu´on n´avait pas pu faire avant. On ne doit plus faire des lessives pour quatre…, et cette liberté devient très euphorique. Mais, il faut avoir la capacité en soi de rebondir. Moi, j´ai décidé de parler d´un personnage comme ça, parce que c´était une comédie.
Jaoui : Je voudrais rajouter quelque chose. C´est un phénomène que j´ai vu avec la projection de ce film et pourtant j´ai vu des projections. Ce film n´est pas seulement optimiste mais il permet une visibilité. Après toutes les projections de ce film, les femmes prenaient la parole et disaient : " Bonsoir, j´ai 52 ans et je voulais vous dire que… ", " Bonjour, j´ai 73 ans et je voulais… " ou " Bonjour, j´ai 24 ans et… ". C´étaient comme les alcoliques anonymes. J´assume, je dis mon âge…Dans la rue, plein de femmes m´arrêtent et me disent qu´elles ont adoré, qu´elles ont tel âge…C´est très réjouissant !

 

Dans l´histoire, on voit comment les hommes peuvent refaire leurs vies, par exemple, en ayant des enfants à 50 ans, alors que ce n´est pas possible pour les femmes. N´est-ce pas injuste ?
Lenoir : Oui, mais ça dit aussi qu´on n´est pas obligé de se reproduire pour être heureux. Il y a d´autres façons de créer de l´avenir. Les hommes ont droit de tomber amoureux plus âgés mais, en ayant des enfants, c´est une façon de toujours recommencer. J´en connais plein d´hommes qui ont des enfants de 30 ans, de 20 ans, de 10 ans…, et ils sont crevés ! Ils sont là, à 72 ans, avec un gosse de 5 ans ! J´ai une copine de 27 ans qui vient d´avoir un enfant avec un homme de 67 ans. Je me dis qu´elle va être seule très tôt avec son bébé. Mais, bon, quand c´est sincère, tout est possible. Pourquoi pas ? Mais, moi, ça ne me fait pas rêver d´être à 70 ans maman.

 

Comment s´est déroulé le tournage ?
Lenoir : C´était beaucoup de travail parce qu´il y avait beaucoup de personnages, de décors et jamais assez de temps, comme toujours. Mais c´était agréable dans le sens qu´il y avait plein d´acteurs formidables qui étaient heureux d´être là. Agnès était à fond dans le rôle (elle est dans tous les plans du film). Ce que je trouve dur c´est que toute l´équipe soit très concentrée pour ne pas refaire trop les scènes, que tous les acteurs aient la bonne énergie, que tu saches où mettre la caméra…Tout ça, je le trouve insupportable. Alors que quand on écrit ou quand on monte on a le temps d´y revenir. J´adorerais sur le tournage pouvoir dire " on verra demain, aujourd´hui on va faire plutôt ça ". Moi, c´est ce qui me fait souffrir mais il n´y a pas de solution ! (rires)
Jaoui : Moi, j´ai un souvenir de tournage très heureux. On était à La Rochelle, une ville magnifique, on sentait qu´on faisait un bon film et les acteurs qu´avait choisi Blandine étaient tellement merveilleux qu´il y en a 3 ou 4 dans mon prochain film. C´était une joie de tourner avec eux. Ils étaient très créatifs (plusieurs viennent du théâtre).

 

Est-ce que vous sentez que c´est plus difficile de tourner pour une femme que pour un homme ?
Lenoir : Ce que ma réflexion féministe m´a apporté c´est qu´il y a des empêchements extérieurs mais aussi intérieurs. Moi j´en ai eu liés à mon éducation. Mes parents ne me disaient pas " tu es une femme, tu n´arriveras pas " mais ils ne me poussaient pas non plus. J´avais très peu de modèles. A 12 ans, j´ai eu un grand choc. On m´a emmené voir " Sans toit ni loi " d´Agnès Varda. J´ai eu un choc parce que c´était un film extraordinaire, parce que le personnage principale était féminin et troisièmement parce que c´était une réalisatrice. Je ne savais pas qui c´était. Dans les années 80, il n´y avait pas des millions de femmes réalisatrices. Je crois que le modèle est très important. Je suis persuadée que la jeune génération, en voyant beaucoup plus de femmes, peut se projeté dans un métier. J´ai eu cet empêchement de mettre du temps à croire que c´était possible et j´ai dû beaucoup plus travailler l´estime de moi. Mais, aujourd´hui encore, quand je vais à des festivals où je suis la seule femme en compétition, c´est compliqué pour moi. Le cinéma de femmes n´existe pas. Souvent on te ramène à un cinéma seulement de femmes. On ne demande jamais à mes collègues masculins : " Qu´est-ce que c´est ce cinéma d´hommes ? ". Ça m´énerve parce que je n´ai pas envie d´être réduite à mon sexe même si effectivement je fais un cinéma qui est plus féminin. La réponse est très longue. C´est très compliqué…

 

Pensez-vous que c´est très handicapant pour une actrice ayant la cinquantaine de tourner? Trouvez-vous beaucoup de problèmes dans votre facette de réalisatrice?
Jaoui : Ma réponse serait très très longue aussi ! Je suis tout à fait d´accord avec ce que dit Blandine. C´est des empêchements intérieurs et extérieurs, bien sûr. Et des fois des empêchements intérieurs inconscients. Comme actrice, j´ai l´impression d´avoir énormément lutté contre quelque chose qui était très douloureux et qui était qu´on voulait vous mettre à poil dans les films. D´une façon soit concrète, soit que j´étais réduite à quelque chose qui devait séduire et être jolie. Ça c´était une douleur totale et en même temps je voulais être jolie et séduire. Ça me rendait malade physiquement. Ça m´est arrivé avec Claude Sautet ! Ça m´est arrivé avec tous sorte de réalisateurs. Très bizarrement, le fait de vieillir et que quand Podalydès m´a proposé une scène où je devais être nue, alors j´ai accepté parce que je ne me sens plus abusée. Je me sens libre et au contraire, militante de montrer un corps qui n´est pas justement celui des publicités. A côté de ça, je sais qu´on ne va pas me proposer un film où mon mari à 20 ans ou 30 ou 5 ans de moins que moi. Je vois bien les différences de traitement. Après, je suis assez chanceuse de pouvoir avoir accès à de très beaux rôles, quelque fois, plus intéressants qu´avant et puis de me les écrire pour moi-même quand on ne me les propose pas. Comme réalisatrice, j´ai eu l´impression de n´avoir rencontré aucune difficulté. Je me rends compte un tout petit peu maintenant que la place qu´on me donne comme cinéaste n´est pas réelle en France. J´ai eu plein de Césars comme actrice, comme scénariste avec Jean-Pierre Bacri, mais je n´ai pas été nommée comme réalisatrice. Je l´avais intégrée. Je me disais que je n´étais pas une vraie cinéaste. Je n´ai jamais fait d´école. A Cannes, cette année, ça m´est arrivé de me dire que tous ces noms de réalisateurs qu´il y avait écrits sur des marches c´était ceux qui avaient eu la Palme. Et, tout d´un coup, je me suis dit " mais, ils se foutent de notre gueule ou quoi ? ". Ce n´étaient pas seulement des primés et il n´y avait pas une seule femme ! J´ai eu la rage et j´ai pensé : " mais, même moi, je pourrais y être, bordel ! ". Je me suis dit que je me méprisais moi-même en me disant que je ne suis pas une vraie cinéaste, que j´ai déjà été assez primée…Je ne l´ai jamais dit à personne mais je vous en parle à vous car vous me posez la question. C´est fou parce que nous-mêmes, on ne se prend pas complètement au sérieux. Bon, j´ai le temps pour avoir ce César et ce n´est pas grave mais, néanmoins, c´est instructif. Je me rappelle aussi quand une jeune de 20 ans hyper mignonne est venue me voir et m´a dit : "je voudrais être réalisatrice". J´étais sure qu´elle allait me dire qu´elle voulait être actrice. Là, je me suis dit : "Yes ! Bravo !".

 

Carmen Pineda

Blandine Lenoir

Blandine Lenoir

 

 

 

Agnes Jaoui

Agnes Jaoui

 

 

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